Qui est Jean-Philippe Mathieu (mort le 19 octobre 1960, et qui se présente à l’Académie française, le 6 juin 2019, sous le nom de « Jean-Philippe Frère de Vieil Mouathier », vieille moitié)?

 

Vous avez (peut-être) entendu parler des « carnets » d’Adolf Hitler, des manuscrits bidonnés de Dvůr Kralové et Zelená Hora, du « philosophe » (Jean-Baptiste Botul référence de) BHL, des « Chansons de Bilitis », des énormes falsifications historiques d’Étienne-Léon de Lamothe-Langon, des facéties de Paul Masson… Ne faudrait-il pas ajouter d’urgence, à cette liste, « Jean-Philippe Frère de Vieil Mouathier »? 

*

Poème paru il y a quelques années dans mon recueil de textes poétiques (« Les derniers feux du bel été« , 2011).

(Ne pas oublier: Jean-Philippe Frère de… « Vieil Mouathier » est la parfaite anagramme de: « Olivier Mathieu »).

**************

Peut-être que toutes les rues
Où j’ai marché, où j’ai dormi,
Pour mon jumeau je les ai vues
Deux fois: et pour moi, et pour lui.

 

Requiem pour Jean-Philippe Mathieu.

 

Parfois, je songe à la sirène
D’une ambulance, à Billancourt,
Et des deux enfants d’une reine
Dont l’un eut un destin plus court.
Le dix-sept octobre, un jumeau,
C’était en mil neuf cent soixante,
Gagna l’hôpital Bretonneau:
Un nouveau né aux yeux de chat.
Et moi, je m’en fus à Bichat.
De la mort rôdait l’épouvante.

Et ainsi fut, je vous le dis,
Notre unique et seule balade,
Mon frère et moi, dedans Paris,
Car il ne connut d’autre aubade.

Et ainsi fut, je vous le dis,
La seule promenade ensemble,
Mon frère et moi, dedans Paris,
Néanmoins c’est ce qu’il me semble.

Parfois je songe à ce soleil,
Ce soleil d’un dix-sept octobre,
A Paris, sa pluie et son ciel,
Ce jour d’automne triste et sobre.

Plus tard, le temps de mon enfance
Fut d’un pauvre enfant sans maison.
Mais je ris en pleurs, si je pense
Aux couleurs d’antan des saisons.

Riche du soleil et des nues
Au milieu du ciel, autrefois
Je fus l’enfant des jeux des rues,
Aux vergers de Marly-le-Roi.

D’amours de rue et de soleil
Jusqu’à la mort, de ma jeunesse
L’image de villes, de ciels
Me revient à l’esprit sans cesse.

Peut-être que toutes les rues
Où j’ai marché, où j’ai dormi,
Pour mon jumeau je les ai vues
Deux fois: et pour moi, et pour lui.

J’aurai marché dans tant de rues,
A deux, tout seul, souvent en deuil
Et j’aurai tant aimé les nues
Et les jeux du soleil, au seuil.

Ce sont les jours bleus frais d’été,
Jeux du soleil et des nuages,
Qui feront que j’aurai été
Bienheureux au cours de mes âges.

Les amours d’antan mon coeur broient,
Qui feront que j’aurai aimé
La lumière et l’ombre et la proie,
Ce sont les jours bleus chauds d’été.

L’ombre était belle dans les foins,
Dans le soleil, sur les murs sombres:
J’aurai consacré tous mes soins
A l’ombre proie, à la proie ombre.

Que proie et ombre belles soient,
Prises debout ou bien assises,
J’ai préféré l’ombre à la proie
Et proie, ombre à prendre que prise.

Je me souviens de tant de rues,
Paume à l’épaule, au flanc, au ventre,
Et de tant de tristesses bues
Comme en vie ou en mort, on entre.

Je me souviens de tant de rires,
D’élans, de soupirs, de désirs,
De pleurs à travers quoi sourire,
Comme est fugace le plaisir.

Proche ou lointain le coin de rue,
Celui que l’on n’atteindra pas,
La mort est aux aguets, têtue,
La mort – la mort aux beaux appas.

Parfois, je songe à la sirène
D’une ambulance, dans Florence,
Et aux deux enfants d’une reine:
Le vif haït ce monde rance.

Je songe à la sirène tendre,
Et tendre est qui saura l’entendre,
Demain, de l’ultime ambulance:
Et qui sait qui saura comprendre?

Et ainsi le dernier jumeau
Fera peut-être dans la rue,
Ayant donc épuisé ses maux,
Sa dernière course éperdue.

Parfois je songe à ce soleil,
Même soleil ou même octobre,
En Florence, à sa pluie au ciel,
A mes saisons tristes et sobres.

Toute joie et toute tristesse
Furent dans les jours de soleil,
Toute joie et toute tristesse
Seront dans les jours de soleil

Aux jours d’après la mort, ma liesse.
Dans le crépuscule vermeil
Que restera-t-il des arpèges
Célestes de Clara Haskil,
Musique de cristal et neige
Et demain, vraiment, est-ce qu’il
Restera quelqu’un ou quelqu’une,
Sous le soleil et sous la lune?

L’ombre est la proie en liberté:
Les deux, dedans la gibecière,
Ne seront plus, en vérité,
Que dans la prison la geôlière.

La proie est belle et innombrable
En course et fuite et dérobade,
Fut mainte et bleue et mémorable
En crépuscule et en aubade.

La proie ou l’ombre belles soient,
Prises debout ou bien assises,
J’ai préféré l’ombre à la proie
Et proie, ombre à prendre que prise…

Un soleil à travers la bruine
Comme Venise ainsi m’attend,
Qui fus homme au milieu des ruines:
Robert Pioche, homme d’autres temps!

En chaque jour de vie ou mort,
Partout m’attend le labyrinthe,
O voilier des Iles du Nord,
Avant que la mort ne m’éreinte.

Et demain, vraiment, est-ce qu’il
Restera – et quoi? – des arpèges
Célestes de Clara Haskil,
Musique de cristal et neige?

De Jean-Philippe et Robert Pioche,
Qui fut le signe et qui le nombre,
Et tandis que la mort approche,
Qui fut la proie et qui fut l’ombre?

La proie est l’ombre en liberté:
Réunis dans la gibecière,
Nous pleurerons, en vérité,
Vie et mort, de l’autre geôlières.

Olivier Mathieu, « Les derniers feux du bel été », recueil de poèmes, 2011.

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cicatrice

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